jeudi, 31 mars 2005
Soif d'idéal et utopies réfractaires
Un article de P. Corcuff qui est un des meilleurs éditorialistes de Ouest-France à mon goût.
Cette fois, il s'exprime dans Libé ! On se demande pourquoi ?
Il cite les paroles d'une célèbre chanson d'alain souchon sur la société de consommation. 100% d'accord
Presque tous les jours Libé donne la parole à un partisan de chaque bord pour équilibrer le débat.
Contre le chloroforme de la marchandisation on peut préférer la mélancolie critique d'Alain Souchon dans «Foule sentimentale».
mardi 29 mars 2005
Le pays serait morose. Une petite brise de contestation sociale lui a toutefois redonné un air enjoué. Rien à voir avec «la positive attitude» que Jean-Pierre Raffarin a emprunté à Lorie, «philosophe» de maternelle, en paravent de sa conservatrice attitude. Les lycéens ne s'y sont pas trompés qui ont renvoyé ce marketing jeuniste à la sénilité publicitaire de ses concepteurs. Le conservatisme de nos gouvernants alterne alors le bâton du détricotage libéral des services publics et les carottes râpées d'infimes augmentations salariales saupoudrées sur la salade de l'austérité budgétaire.
On peut préférer la mélancolie critique d'Alain Souchon dans Foule sentimentale. «Oh la la la vie en rose/le rose qu'on nous propose/d'avoir les quantités d'choses/qui donnent envie d'autre chose.» Contre le chloroforme de la marchandisation du monde, ses inégalités, ses violences, une envie d'ailleurs nous saisit encore. «On nous inflige/des désirs qui nous affligent.» Appauvris de sens par la commercialisation de nos désirs, nous nous tournons vers le passé de nos imaginaires, quand changer la vie semblait possible. Non pas pour nous enfermer dans le culte d'hier, dans une nostalgique attitude, mais pour réinstaller l'horizon de mondes différents à venir. «Un mieux, un rêve, un cheval.» Au coeur de notre présent mélancolique : un autre passé pour un autre avenir.
Notre mélancolie révèle des sonorités européennes. Nous nous sentons pleinement européens, parce que c'est une étape vers la République cosmopolite des Lumières et «l'Internationale sera le genre humain» du mouvement ouvrier. Nous exécrons les replis nationalistes et la façon dont un de Villiers tente de surfer sur les passions islamophobes à propos de la Turquie. Mais la critique reprend ses droits quand nous lisons le traité constitutionnel européen. Nous attendions l'émergence d'une civilisation distincte du capitalisme américain. Nous y apprenons, dans la définition des «objectifs de l'Union», que «la liberté» est mise sur le même plan qu'«un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée» (article I-3.2). Quelle enthousiasmante «civilisation» marchande ! Eberlués, nous découvrons que, dans la hiérarchie des «libertés fondamentales», «la libre circulation des personnes» serait équivalente à «la libre circulation des marchandises et des capitaux» (article I-4.1) ! En quoi ce modèle européen est-il si différent du modèle américain, dont on condamne aisément les outrances pour, en fin de compte, en partager les dogmes fondamentaux ? Et puis, afin d'achever de nous abasourdir, nous tombons sur des règles constitutionnelles dignes d'une civilisation socialement avancée : «Prix stables, finances publiques et conditions monétaires saines et balance des paiements stable», comme «principes directeurs» de toute politique économique et monétaire (article III-177). Une civilisation qu'on propose d'ailleurs d'étendre au reste du monde, en encourageant «l'intégration de tous les pays dans l'économie mondiale, y compris par la suppression progressive des obstacles au commerce international» (article III-292.2.e). La civilisation internationale du business ! Et nous qui espérions voir miroiter les lampions d'autres mondes possibles. Nous, «attirés par les étoiles, les voiles/que des choses pas commerciales».
Dans ce cadre, l'alliance UMP-UDF-PS-Verts pour le oui est-elle étonnante ? Les socialistes font mine de s'opposer aux orientations dérégulatrices du gouvernement français, tout en demeurant en phase sur le terrain européen avec leur réorientation sociale-libérale de 1983. Ils souscrivent à un carcan néolibéral renommé joliment Europe, qui les contraindra à suivre demain des politiques similaires à celles de leurs adversaires électoraux d'aujourd'hui. Les critiques adressées aux projets gouvernementaux par la gauche hollandique ne seraient-elles alors motivées que par les attraits du retour au pouvoir ? «Il faut voir comme on nous parle, comme on nous parle.» Encore des désillusions en perspective, avec à la clé une dangereuse dévalorisation de la politique, l'extrême droite au coin du bois. «Tout ce qui a un début a une fin», lance cependant l'oracle de Matrix, la trilogie des frères Wachowski. Le non mélancolique et européen au traité constitutionnel pourrait ébranler l'hégémonie de la matrice UMP/PS sur le champ politique français, voire faire reculer la puissance de la matrice néolibérale en l'Europe, ouvrant d'autres chemins.
Notre mélancolie anticapitaliste ne peut, non plus, se contenter des simplismes d'une anti- «pensée unique» unique. «D'autres mondes sont possibles», et non pas un autre monde, exclusif, comme s'il n'y avait qu'une seule direction, celle de la certitude insensible au tragique de l'histoire.
Par Philippe CORCUFF
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mardi, 29 mars 2005
«L'empire de la honte», selon Ziegler
Mondialisation
OLIVIER MOUTON
Mis en ligne le 23/03/2005
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Rapporteur spécial de l'Onu, le Suisse publie un nouveau réquisitoire féroce contre la mondialisation.
Les Nations unies, dit-il, sont menacées de disparition.
Alexis Haulot
ENTRETIEN
Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, le Suisse Jean Ziegler publie un nouveau réquisitoire contre la mondialisation, «L'empire de la honte»(1).
Ce livre est marqué par votre expérience aux Nations unies...
Totalement. J'ai un poste d'observation comme jamais auparavant. Et je suis très préoccupé. L'Organisation des Nations unies a soixante ans cette année et elle est menacée mortellement. Par sa bureaucratie, d'une part, avec ses 62000 fonctionnaires. Par son inefficacité dans certaines crises majeures, ensuite: Srebrenica, le génocide du Rwanda, tout cela est impardonnable. Sa charte contient les éléments essentiels de la civilisation: la sécurité collective, la justice sociale planétaire et les droits de l'homme. Or, ces trois piliers sont attaqués par l'unilatéralisme de l'actuel régime américain, qui nie la sécurité collective en Irak, envoie Wolfowitz à la Banque mondiale et dénonce la Convention sur la torture que les Américains avaient pourtant signée. Depuis la première législature de Bush, une cellule a été installée au sous-sol de la Maison-Blanche pour surveiller tous les cadres supérieurs des Nations unies. Tous ceux qui ont un intérêt contraire aux intérêts immédiats des Etats-Unis sont combattus. A ce rythme, les Nations unies risquent de disparaître...
Le secrétaire général Kofi Annan vient de présenter une réforme de l'Onu. Pensez-vous que cela soit une façon de la sauver?
Ses propositions sont courageuses. Kofi Annan est quelqu'un de très, très bien. On l'attaque sur tous les fronts par le biais de campagnes diffamatoires, on tente de la détruire psychologiquement, mais il veut aller au bout de son mandat et mener à bien les Objectifs du millénaire pour le développement. Cela va à l'encontre des intérêts impériaux américains et du capital privé. Lorsque l'on propose de réduire par deux la pauvreté extrême - deux milliards de personnes vivent avec moins d'un dollar par jour -, cela implique des réformes agraires, le contrôle des profits des multinationales, la diminution des prix pharmaceutiques, la souveraineté alimentaire...
Votre livre est un plaidoyer pour l'annulation de la dette.
Oui, tout est là. C'est le garrot qui crée la faim et empêche le développement. Prenons l'exemple du Brésil. Il y a 180 millions d'habitants dont 53 millions sont gravement et en permanence sous-alimentés. Ce sont des chiffres officiels. Le président Lula, élu avec 61 pc des voix en octobre 2002, a une légitimité démocratique incroyable mais il ne peut rien faire. Il a un mis en place un programme nommé «Faim zéro» qui demande un financement. Or, il ne dispose pas du premier sou en raison d'une dette de 235 milliards de dollars. S'il ne parvient pas à trouver une solution, il est foutu. Mais pour cela, il doit négocier avec le FMI. S'il prenait cette décision de façon unilatérale, le premier bateau brésilien à accoster à l'étranger serait immédiatement saisi.
Cela dit, l'annulation pure et simple de la dette n'est pas la seule solution. Il y a des régimes corrompus. La société civile - l'ONG «Jubilee 2000» en l'occurrence - a proposé un mécanisme qui convertirait la dette des 49 pays les moins avancés en monnaie locale afin de contribuer au développement, sous la surveillance du FMI. C'est une voie. Mais il y a une vraie hypocrisie consistant à dire que si les pays du Tiers-Monde ne payaient pas leur dette, le système bancaire mondial s'effondrerait. Or, les chiffres démontrent que c'est absolument faux. Lors de la dernière crise boursière, des capitaux qui étaient 14 fois supérieurs à l'ensemble de la dette des 122 pays du Tiers-Monde ont été détruits. L'économie a parfaitement digéré cela.
A qui profite cette hypocrisie?
Aux cosmocrates. Les 500 plus grandes sociétés transcontinentales du monde ont contrôlé l'année dernière plus de 54 pc du Produit mondial brut. Nous vivons la reféodalisation du monde! Les nouveaux seigneurs féodaux ont un pouvoir infiniment plus puissant que n'importe quel pape ou empereur dans l'histoire. Une grande inquiétude s'exprime partout au sujet de cette orientation du monde. Et l'Europe reste à mes yeux trop silencieuse alors qu'elle a les moyens de proposer un autre modèle.
(1) Ed. Fayard, 323 pp, 20€.
© La Libre Belgique 2005
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dimanche, 27 mars 2005
LANGUE OCCIDENTALE, L’ESPÉRANTO ?
"Dans la mesure ou l'Europe passe actuellement de 15 à 25 pays et que 44 sont pressentis à terme, une solution de langue adminitrative unique commune serait-elle pas une garantie de simplicité, d'économie, de transparence et de démocratie ?"
Si l’on considère l’espéranto de l’extérieur, on est tenté de le prendre pour une langue occidentale. Ses sonorités rappellent celles de l’italien et le vocabulaire a l’air d’être en grande partie d’origine latine. En outre, ceux qui ont l’occasion d’entendre une conversation dans cette langue ne tardent pas à remarquer que "oui" se prononce yes, comme en anglais (on écrit jes). Ce fait semble en confirmer le caractère occidental. L’auditeur plus attentif qui perçoit la présence de nombreuses racines germaniques reste sur la même impression: tout évoque une langue occidentale apparemment dotée d’un lexique où, comme en anglais, se côtoient apports latins et germaniques.
Certains, de formation classique, rapprocheront quelque peu l’espéranto de l’Orient en ce sens qu’ils y repéreront des traces de grec: la conjonction "et", kaj (prononcez comme "caille"), est un calque exact du grec ancien kai et la formation des pluriels est manifestement reprise de la langue d’Homère (grec parallelos, ‘une ligne parallèle’, paralleloi ‘des lignes parallèles’ ; espéranto paralelo, paraleloj, où la terminaison –oj se prononce comme le oy de boy, c’est-à-dire comme dans la prononciation classique du mot grec correspondant).
L’espéranto écrit paraît moins occidental: la présence de consonnes à circonflexe, les j suivant une voyelle en fin de mot, des groupes consonantiques comme kv rappellent l’aspect visuel du slovène et du croate. Celui qui y devine une influence slave ne se trompe pas. L’espéranto est né en Europe orientale. Sa syntaxe, bien des points de grammaire, beaucoup d’expressions, le style le plus courant témoignent effectivement d’un important substrat slave. Il en est de même de la sémantique. Si le mot plena est emprunté aux langues latines, son champ sémantique n’est pas celui de notre mot plein, mais celui du russe polnyj, rejeton comme son correspondant français du vieux radical indo-européen pln. Dans aucune langue romane on ne parlera d’un "plein dictionnaire", on dit "dictionnaire complet" ; l’espéranto plena vortaro est le pendant exact du russe polnyj slovar’, jusque dans le suffixe (russe slovo, ‘mot’, slovar’ ‘dictionnaire’ ; espéranto vorto ‘mot’, vortaro ‘dictionnaire’).
L’espéranto a-t-il quoi que ce soit de commun avec les langues sémitiques ? Dans la forme, non, dans l’esprit oui. Comme en arabe et en hébreu, l’espéranto forme l’essentiel de son lexique par dérivation à partir de racines invariables. Certes, dans les langues sémitiques les racines se composent presque toujours de trois consonnes et la dérivation se fait souvent par insertion de voyelles entre ces consonnes, alors qu’en espéranto les racines ne suivent pas un schéma fixe et la dérivation s’effectue exclusivement par adjonction d’éléments avant ou après. Il n’en reste pas moins que la version en espéranto de la bible hébraïque contient à peu près le même nombre de racines que l’original, ce qui la différencie nettement des traductions en langue""s occidentales, obligées de recourir à de nombreux mots dont la dérivation n’est pas transparente, contrairement à celle de l’espéranto et de l’hébreu.
Si, poursuivant notre marche vers l’Orient, nous passons de l’arabe au persan, nous passons d’une langue à la grammaire compliquée, pleine d’exceptions, à une langue en grande partie régulière. En arabe, pour former le pluriel, il faut souvent transformer tout l’intérieur du mot : kitâb, ‘livre’, devient au pluriel kutub. Le persan, qui a emprunté beaucoup de mots à l’arabe n’en a pas repris les pluriels irréguliers. Le pluriel se forme par l’adjonction de la terminaison –hâ. Le pluriel de kitâb ne doit donc pas être mémorisé à part. Ce sera kitâbhâ. L’espéranto manifeste la même simplicité. Il suffit d’une fraction de seconde pour apprendre à former le pluriel de tous les substantifs, puisqu’il s’agit simplement de retenir qu’il se forme par l’adjonction d’un j (prononcé, on se le rappelle, comme le y de boy). Quelle différence par rapport à des langues comme l’allemand, le haoussa, l’arabe, où il faut, pratiquement, apprendre le pluriel avec chaque nom commun. Et même par rapport à l’anglais, plus régulier, mais qui comporte néanmoins un certain nombre d’exceptions: ‘femme’ (woman), ‘enfant’ (child), ‘pied’ (foot), ‘souris’ (mouse), ‘mouton’ (sheep) et bien d’autres mots ne suivent pas la règle générale selon laquelle on forme le pluriel en ajoutant un -s: on dit women, children, feet, mice, sheep…
La plupart des Occidentaux ne se doutent pas qu’il existe des langues si cohérentes que la notion même de verbe irrégulier, de pluriel exceptionnel, de dérivation aberrante y est tout simplement impensable. Parmi ces langues on compte le chinois, le vietnamien… et l’espéranto. Ces trois langues ont ceci de commun, et de différent de toutes les langues indo-européennes, qu’elles sont composées d’éléments rigoureusement invariables qui se combinent entre eux à l’infini. À ceux qui parlent une langue comme celle-là, l’idée que ‘premier’ ne soit pas dérivé de ‘un’ ou que, pour désigner les diverses modulations de la première personne du singulier, il faille apprendre toute une série de mots comme je, me, moi, mon, ma, mes, mien paraît bizarre et incompréhensible. On se comprend tellement bien sans tout ce fatras ! En chinois, ‘mon’, ‘ma’, ‘mes’,‘mien’ etc. se disent tout simplement wode, ce qui est la forme adjective (-de) de wo, ‘je’. L’espéranto dérive ces mots de la même manière, en ajoutant la marque de l’adjectif au mot ‘je’. De ce fait, des réalités parallèles s’expriment dans ces deux langues par des formes parallèles, ce qui ne se retrouve dans aucune langue occidentale. Dans ‘je prends le vôtre, vous prenez le mien’, la réciprocité des gestes se marque dans la forme aussi bien en chinois (wo na nide, ni na wode) qu’en espéranto (mi prenas vian, vi prenas mian). En français, par contre, la relation entre mien et je n’a plus rien de transparent, vôtre doit être appris indépendamment de vous, et l’on ne peut formuler l’idée correctement sans avoir mémorisé une conjugaison: prends dans la première proposition doit céder la place à prenez dans la seconde. Les points à mémoriser pour s’exprimer convenablement sont toujours nettement plus nombreux quand il s’agit d’une langue occidentale.
Une même similitude de structure se retrouve entre chinois et espéranto dans la formation des mots. En français comme en anglais, il faut apprendre séparément des mots comme compatriote, coreligionnaire, condisciple et il n’est pas question d’exprimer par un seul mot des concepts comme ‘personne de la même race’ ou ‘quelqu’un qui parle la même langue’. En chinois, il suffit de connaître la structure et le mot fondamental. Si l’on sait dire ‘pays’, on sait automatiquement dire ‘compatriote’. Il en est de même en espéranto: pour former samlandano ‘compatriote’, samreligiano ‘coreligionnaire’, samklasano ‘condisciple’, samrasano ‘personne de la même race’, samlingvano, ‘personne qui parle la même langue’, il suffit de connaître la structure sam---ano et d’y insérer la racine correspondante. De même, le Chinois qui apprend le français, l’anglais, ou l’italien doit mémoriser comme une entité totalement nouvelle le mot étranger (foreigner, straniero). S’il apprend l’espéranto, il lui suffit de traduire syllabe par syllabe (monème par monème, dirait un linguiste) les trois éléments constitutifs du mot de sa langue maternelle : waiguoren ‘étranger’, se compose de wai ‘en dehors’ (espéranto ekster), de guo ‘pays’ (espéranto land-) et de ren (être humain, correspondant ici à l’espéranto ano, être humain appartenant à, membre de, venant de…) : ‘étranger’ se dit en espéranto eksterlandano. Autre exemple : l’élève chinois qui s’efforce d’acquérir une langue occidentale doit mémoriser toute une série de noms d’animaux là où, dans sa langue, il procède par dérivation. Le fait d’avoir appris cheval n’est d’aucun secours si l’on doit communiquer avec précision qu’on parle de jument, de poulain ou d’étalon ; bœuf n’a pas davantage de relation de forme avec vache, veau, et taureau. En chinois, ces mots font partie d’un système régulier. Ce sont respectivement, ma, muma, xiaoma et gongma; niu, muniu, xiaoniu, et gongniu. Le système n’est pas moins régulier en espéranto. Le rapport est le même entre, d’une part, _evalo (le _ se prononce "tch" ) et _evalino, _evalido, vir_evalo qu’entre, d’autre part, bovo et bovino, bovido, virbovo.
Les personnes qui reprochent à l’espéranto d’être trop occidental négligent deux aspects importants de la question. D’une part, ils jugent de façon purement superficielle, sans entrer dans l’analyse linguistique de la langue, qui seule peut révéler à quel point elle est, en profondeur, différente de ce qu’elle semble être à première vue. D’autre part, ils oublient qu’une langue de communication internationale est de toute façon nécessaire. Sur quelle langue se rabat-on, en pratique, quand on n’a pas de langue commune? Sur l’anglais ! Or, celui-ci est une langue beaucoup plus occidentale que l’espéranto et beaucoup plus difficile à acquérir et à manier pour la grande majorité des habitants de notre planète. Aucune langue ne pourrait mettre tous les peuples à égalité. Mais de toutes celles qui existent et qui sont utilisées en pratique, l’espéranto est celle qui s’approche le plus de cet idéal. Au bout de 2000 heures d’anglais (5 heures par semaine pendant 10 ans), le Japonais et le Chinois moyens sont incapables de s’exprimer de façon réellement opérationnelle dans la langue de Shakespeare ou du Wall Street Journal, ils n’en sont qu’au stade du balbutiement. Après 220 heures d’espéranto, en moyenne, ils peuvent réellement communiquer avec aisance. Cette différence n’a rien d’étonnant pour qui étudie les structures linguistiques des diverses langues.
Si l’on veut jouer fair-play et rester objectif, il faut attendre, pour critiquer l’espéranto, d’en avoir fait une analyse suffisamment approfondie et d’avoir procédé à des comparaisons avec l’anglais et avec les langues maternelles des peuples dont on entend défendre les intérêts. En démocratie, tout accusé est présumé innocent tant que la preuve de sa culpabilité n’a pas été faite. Il serait conforme aux traditions européennes d’appliquer ce principe à toute décision sur l’espéranto et de réserver son jugement jusqu’à ce que l’on ait étudié les faits. Aucun linguiste sérieux, aucun journaliste, aucun politicien n’oserait porter un jugement sur le tagalog ou le malayalam sans s’être documenté sur ces langues. Il n’y a aucune raison de s’écarter de cette règle lorsqu’il s’agit de l’espéranto.
Claude Piron
http://www.geocities.com/c_piron/LangueOccidentale.html
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samedi, 26 mars 2005
Il faut voter contre le néolibéralisme à l'européenne et le recul organisé de la démocratie.
Cette Constitution, non merci
Par Jacques NIKONOFF
mercredi 23 mars 2005
Jacques Nikonoff président d'Attac-France
Le référendum organisé le 29 mai 2005 en France a une portée historique. En cas de victoire du non, jamais les citoyens n'auront eu d'occasion plus claire et plus prometteuse de faire repartir l'Union européenne (UE) sur de nouvelles bases, et de mettre un coup d'arrêt aux politiques néolibérales. La véritable question posée lors de ce référendum ne sera pas seulement oui ou non à la Constitution européenne, mais aussi et surtout, oui ou non au néolibéralisme à l'européenne.
Quelles sont, en quelques mots, les deux raisons essentielles qui conduisent à voter non ?
Première raison de voter non : depuis des années, et plus particulièrement depuis l'Acte unique de 1986, l'Europe vit une profonde crise économique, sociale et environnementale. Cette crise est le résultat direct des choix politiques faits par les gouvernements des pays de l'Union et par la Commission européenne, qui donnent à la concurrence et au marché priorité sur toute autre considération comme la coopération, la solidarité, la justice sociale, entre autres. La concurrence, d'ailleurs, n'est souvent que pure rhétorique, puisque la plupart des grands marchés sont contrôlés par une poignée de transnationales. S'y ajoute une crise politique matérialisée par un taux d'abstention croissant aux élections européennes, chaque scrutin battant un nouveau record (57 % d'abstentionnistes en juin 2004). Ce «déficit démocratique», que les eurocrates reconnaissent eux-mêmes, est la conséquence logique et délibérée de la manière dont s'est construite l'UE : opacité, obscurité, contournement des parlements et des citoyens.
Deuxième raison de voter non : le texte de la Constitution, qui reprend l'ensemble des traités antérieurs qui ont fondé la CEE, puis l'UE, conduit à organiser un recul systématique de la démocratie en Europe et à y faire disparaître toute ambition sociale.
Reculorganisé de la démocratie : impossibilité de véritables initiatives citoyennes, tout comme, dans les faits, de révision de la Constitution ; mise à l'écart du peuple comme source de la souveraineté ; géométrie variable de l'égalité entre les Etats ; soumission de la politique étrangère et de la défense de l'Union à l'Otan et donc aux Etats-Unis ; atteintes à la laïcité ; limitation des «coopérations renforcées» ; «constitutionnalisation» de la politique économique.
Mais il y a plus. Ce texte programme l'abandon de toute ambition sociale : caractère incomplet et non contraignant de «droits fondamentaux» par ailleurs très insuffisants ; absence de la notion de bien commun ; refus de faire du plein emploi un objectif de l'Union ; non-reconnaissance et subordination des services publics aux règles de la concurrence ; politique monétaire hors du contrôle des citoyens et même des Etats ; libre circulation des capitaux qui entrave toute mise en oeuvre d'une véritable fiscalité européenne ; politique de la recherche qui ne vise qu'à favoriser la «compétitivité» ; politique de l'environnement qui n'est que saupoudrage ; impossibilité de construire de grands projets européens d'intérêt général.
Un mécanisme économique contestable la «concurrence libre et non faussée» est érigé en principe constitutionnel d'organisation de la Lsociété. Si la Constitution européenne était ratifiée, le vieux rêve des néolibéraux les plus extrêmes serait réalisé en grande partie en Europe. Ils seraient enfin parvenus à soustraire totalement la décision économique au pouvoir du législateur et du suffrage populaire, à placer l'économie hors de portée de la responsabilité politique, pour la mettre, dans la réalité, au service des transnationales. Comment pourrait-on ne pas dire non à un tel projet ?
En France, au cours de ces soixante dernières années, trois scrutins seulement peuvent prétendre à un caractère historique : le référendum du 5 mai 1946 sur la Constitution de la IVe République ; le référendum du 28 septembre 1958 sur la Constitution de la Ve République ; l'élection présidentielle du 10 mai 1981. Le référendum du 29 mai 2005 revêt, lui aussi, ce caractère dans la mesure où, bien mieux et beaucoup plus clairement que toutes les autres consultations, il révélera le rapport de forces entre les idées néolibérales de régression sociale et démocratique et les idées progressistes de solidarité.
Une victoire du non stimulera à coup sûr les luttes sociales et syndicales. Le gouvernement Raffarin, le président de la République et le Medef, tous adeptes du oui, seront affaiblis, ouvrant le champ à des avancées sociales. Cette victoire conduira de surcroît à une clarification de la position du Parti socialiste et des Verts sur la question centrale de notre époque : la question libérale. Cette clarification pouvant arriver à maturité au moment des élections présidentielle et législative de 2007, celles-ci pourraient alors se présenter non plus sous la simple forme d'une alternance, mais bien d'une alternative. Une victoire du non en France aurait donc de toute manière pour vertu de débloquer la situation, de desserrer l'emprise néolibérale en Europe, de redonner confiance et espoir à ceux qui considèrent qu'un autre monde et une autre Europe sont possibles.
Bien évidemment, à l'échelle européenne, une victoire du non en France ne provoquera ni le chaos ni la crise que les partisans du oui brandissent comme un épouvantail. Sur le plan juridique, le traité de Nice, adopté en 2000 et en vigueur depuis le 1er mai 2004 pour les Vingt-Cinq, continuera normalement à régir le fonctionnement de l'Union. Sur le plan politique, le non français suscitera des débats dans les autres pays de l'Union où la construction européenne et par conséquent la Constitution européenne sont vécues comme surplombant et transcendant la question libérale.
Que deviendra l'Europe si la Constitution est rejetée par la France, Etat fondateur de l'Union ? La discussion entre les gouvernements reprendra, mais dans un tout autre rapport de forces, et permettra certainement de mieux respecter les aspirations réelles des citoyens favorables à une véritable Europe sociale et solidaire.
Alors, le 29 mai, cette Constitution non merci !
Libération
14:40 Publié dans Blog, Europe, Prospective | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
jeudi, 24 mars 2005
Jumeaux du libéralisme
Denis Sieffert
On imagine aisément ce qui a conduit François Hollande, costume sombre et chemise bleue, à poser au côté de Nicolas Sarkozy, chemise bleue et costume sombre, en couverture de Paris-Match. Se frotter épaule contre épaule au présidentiable de la droite, c’est se poser en présidentiable de la gauche. Un savant conseiller en communication a dû trouver cela tout seul. Et le Premier secrétaire du parti socialiste se laisser convaincre sans trop de résistance. Hélas, il y a, derrière l’affichage de cette sympathique gémellité politique, un autre message que n’ont décrypté spontanément ni le gourou ni le responsable du principal parti de gauche à moins, plus grave encore, que ce sens à peine caché leur soit apparu subalterne. C’est le message de la ressemblance, de l’interchangeabilité, et de la perte d’identité politique. D’autant plus qu’après le choc des photos, le poids des mots est plus cruel encore : « Hollande et Sarkozy face aux Français en colère », titre notre confrère. La gauche et la droite, soudain indifférenciées, « face » à la colère des Français. Le symbole, en d’autres temps, n’eût été que malheureux. Aujourd’hui, il est désastreux. Pourquoi ? Parce que le leader socialiste est engagé dans une périlleuse campagne politique en faveur d’un traité constitutionnel que soutient également Nicolas Sarkozy. Le choeur est décidément parfait. Voilà que dans un débat politique, et à propos d’un texte chargé de références économiques, et de choix de société qui ne devraient pas s’y trouver, nos deux présidentiables en chemise bleue ont aussi le même discours. Ensemble, ils nous disent que ce traité constitutionnel est socialement neutre, et qu’il doit être désormais notre commune galère. Or, les sondages de ces derniers jours révèlent que l’électorat de gauche en est de moins en moins convaincu. C’est de ce côté-là que le « non » progresse. Du coup, « la » photo fait désordre.
Dans leur exaspération, certains responsables socialistes la paternité de l’argument revient à Manuel Valls (voir sur le sujet le bloc-notes de Bernard Langlois) ont ressorti ces jours-ci le spectre du 21 avril. La victoire du « non », le 29 mai prochain, serait un second 21 avril. Comprendre une nouvelle défaite du parti socialiste, semblable à celle de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002, et cela n’est pas dit, mais suggéré une nouvelle victoire de Le Pen. Assertion qui défie l’évidence. Car tous les observateurs le soulignent, c’est avec des arguments de gauche qu’un fort contingent d’électeurs s’apprête à voter « non ». Ce sont des thèmes de justice sociale, d’emploi, de niveau de vie qui sont au coeur du débat. Ce sont les menaces qui pèsent sur les services publics qui mobilisent contre le traité constitutionnel.
Autrement dit, ce ne sont pas les électeurs de gauche qui s’égarent, mais peut-être bien les porte-parole du social-libéralisme qui désertent. Le 21 avril, c’est lorsqu’une partie de nos concitoyens ne voient plus de différences entre la gauche et la droite, et qu’ils n’aperçoivent plus aucune alternative possible du côté des partis de la gauche traditionnelle. Alors, ils cherchent ailleurs, et certains peuvent être tentés par le pire. Mais, rien de tel n’est à l’ordre du jour aujourd’hui. Certes, la « France d’en bas », pour reprendre la fameuse formule du sociologue Alain Touraine, ne se sent plus représentée par M. Hollande. Mais à qui la faute ? Au peuple qu’il faudrait « dissoudre », ou à la majorité socialiste qui fait campagne commune avec la droite ? Aux électeurs de gauche, syndicalistes, militants associatifs, altermondialistes qui ne se résignent pas à une société toujours plus inégalitaire, ou à des dirigeants qui manifestent socialement et culturellement leur appartenance à un autre monde ? La contre-attaque du « oui », façon Jack Lang, en dit long sur l’état de cette gauche. Lundi, l’éternel ex-ministre de la Culture a fait assaut de personnalités du spectacle, du sport et de la culture arnaquées il n’y a pas d’autres mots par un slogan (« Pour nous l’Europe, c’est franchement oui ! ») qui n’a strictement rien à voir avec le sujet, et qui suggère un tout autre débat. Jack Lang aimerait tant pouvoir ranger les adversaires de la Constitution parmi les anti-européens, souverainistes, ou affidés nationalistes de Le Pen.
L’enjeu mérite mieux qu’une liste hétéroclite de pétitionnaires (dont certains hautement estimables) à qui l’on fait affirmer, toute honte bue, que « le nouveau traité européen proclame, reconnaît et protège [...] les services publics ». D’une certaine façon, le procédé très marketing, avec évidemment BHL en figure de proue, donne parfaitement la nature sociale du message. Le « coeur de cible » n’a déjà plus grand-chose à voir avec le monde des salariés, des RMistes ou des exclus. Nous pensons pour notre part qu’il est là le danger du « 21 avril », dans cette politique sans repères, enrubannée comme un produit de consommation courante. Si l’on osait railler le célèbre mot d’ordre altermondialiste, on dirait à MM. Lang et Hollande : « La Constitution n’est pas une marchandise ! » Mais que l’on se rassure, il n’y aura pas de 21 avril cette fois. Parce que le « non de gauche » n’est pas orphelin, et qu’il se trouve des responsables politiques, et même quelques socialistes, pour l’incarner.
Politis
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lundi, 21 mars 2005
Premiers effets de la Campagne autour du référendum : plus que 49% des Français pour la Constitution
Et hop, les Français passent le mur du Non ! Le dernier sondage CSA révèle ce que tous les Français constatent chaque jour autour d’eux : la majorité d’entre eux est au mieux incapable de se prononcer (53%), au pire contre la Constitution (51% des 47% exprimés, c’est-à-dire 24%). En réalité, il ne reste plus que quelque 23% de français pour voter Oui à la Constitution ! Cela dit, on se demande si l’opinion publique française pourrait faire autrement qu’évoluer vers le Non !
Depuis plusieurs semaines, le camp du Non placarde la France de tracts et de posters avec des slogans qui font mouche - « Je suis pour l’Europe donc je vote Non » -, nourrit le web de sites bien fichus et interactifs, surfe sur les décisions impopulaires prises pas Bruxelles – Turquie, directive Bolkestein, etc… C’est trop facile ! N’en jetez plus Messieurs les dirigeants de l’Europe !
Du côté du Oui militant – principalement la campagne « ensemble pour le Oui » – la stratégie est simple : faire des conférences avec des convaincus du Oui sur les bienfaits du Oui… ! Prendre le 1% le plus irréductiblement pro-européen des actuels 23% pour le Oui et les mettre dans des salles pour s’entre-convaincre qu’on a raison et que tous les autres sont des méchants. Eviter toute confrontation avec d’autres tendances de l’opinion publique, probablement faute d’arguments. Voilà pourquoi si vous êtes un citoyen lambda, vous n’avez JAMAIS entendu parler de la campagne du Oui et vous n’en entendrez pas parler ; ce n’est pourtant pas l’argent ni le temps qui leur manque !
Entre ces deux camps, il y a parmi nos politiques tous ceux qui disent Oui mais qui pensent en fait Non. Parce que le Non ébranlant leurs partis leur permettrait de gagner quelques échelons dans les hiérarchies, ou parce qu’ils se rendent bien compte que le Non risque fort de passer et qu’ils ne souhaitent avoir été trop visiblement pour le Oui, ou encore parce que l’Europe à 25 on ne s’en sort plus et qu’il serait bien de passer à l’Euroland des 12, et toutes sortes d’autres raisons qui font que la motivation sur le Oui est au plus bas. On est pour du bout des lèvres…
Et puis il y a ceux qui disent Oui et qui ne pensent Rien. Pourquoi ne pensent-ils Rien ? Parce que ce sont des politiques nationaux qui utilisent simplement la belle occasion que leur fournit ce référendum européen pour passer à la télé, mais qui se fichent royalement des enjeux faute notamment d’y connaître quoi que ce soit. Ceux-là n’entendent d’ailleurs pas du tout partager avec d’autres – par exemple, les militants de cette Europe politique en gestation - leur place au soleil de la démocratie nationale. Chaque minute d’antenne partagée est une minute d’antenne perdue !
Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore plus machiavéliques certainement, les Français vont voter Non parce que les actuels 53% d’indécis n’ont AUCUNE chance dans les conditions actuelles d’être gagnés au Oui. Ils sont indécis parce qu’ils sont pro-européens (ou tout simplement européens et contents de l’être) mais qu’ils se posent des questions sur la valeur du système en charge de gérer l’Union européenne. Alors si le Oui leur dit qu’ils n’ont pas le droit de se poser de questions pendant que le Non leur dit que la conclusion logique du questionnement c’est d’être contre la Constitution, on ne voit pas très bien comment il en irait autrement.
Nos dirigeants, nos politiques, leurs administrations et les medias auront beau jeu de traîner les Français dans la boue lorsque le Non sortira des urnes ! Mais ils feraient bien de se méfier : contrairement à ce qu’ils semblent croire, ils ne sortiront pas indemnes de la crise politique qui s’ensuivra !
Alors Oui à l’Europe et donc à la Constitution parce qu’il faut avancer et que descendre du train n’est certainement pas le gage d’un avenir meilleur, Mais avec des débats, des confrontations d’idées, des arguments, des perspectives d’amélioration, bref avec une promesse de démocratie européenne vivante !
Masha Loyak
Paris (France)
Vendredi, 18 Mars 2005
Newropeans-magazine
17:20 Publié dans Blog, Économie nouvelle, Prospective | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe
Pourquoi nous voterons NON lors du REFERENDUM
La constitution européenne va définir désormais, si le oui l'emporte, le cadre législatif dans lequel nous allons vivre, selon des « compétences exclusives » et « partagées ». Le texte qui nous est soumis aurait dû être un texte court comportant des valeurs communes à l'ensemble de la société.
Ce qui n'est pas le cas du Traité Constitutionnel soumis au référendum : Celui-ci, le savez-vous, est en fait un traité de plus de 800 pages, divisé en 4 parties et annexes. Malgré des formules qui peuvent sembler séduisantes, l'entrée en matière est abrupte :
Dans la 1ère partie, les personnes sont placées au même niveau que les marchandises, les services et les capitaux ; des pouvoirs énormes sont conférés à la Commission ; y est d'emblée défini comme objectif et comme valeur de l'Union Européenne (art. I-3.2 et 3) : « un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée » et où l'économie de marché doit être «hautement compétitive » [...].
Le principe du libéralisme est posé. Il va conditionner tout le reste avec pour conséquences le dumping social et fiscal, les délocalisations, la destruction des services publics, l'agriculture productiviste, l'aggravation de la précarité, des injustices, des inégalités. La Banque Centrale Européenne ne fera l'objet d'aucun contrôle politique et démocratique (art. I-30.3). L'Union Européenne sera militairement inféodée à l'OTAN (art. I-41.3 et 7).
La 2ème partie est constituée de la Charte des Droits fondamentaux, présentée comme une avancée sociale. Or la Charte « ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les autres parties de la Constitution » et des limitations à ces droits peuvent être apportées si elles sont jugées « nécessaires » (art. II-111 et 112). De plus les droits en question sont en recul par rapport à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et à la Constitution française. Entre autres : les citoyens divisés en catégories, des principes énoncés qui ne sont pas des droits (art. II-112.5). Exemples : par l'article II-75, le droit à l'emploi est réduit au droit de travailler ; dans l'article II-95 et 96, le droit à la protection sociale est remplacé par un simple droit d'accès aux prestations. Ne sont pas reconnus le droit au logement, à la retraite, aux allocations chômage - le droit au revenu garanti - [...] etc. Des manques déjà soulignés par les citoyens lors du sommet de Nice.
La 3ème partie décline concrètement ces choix en 322 articles : fonctionnement du marché intérieur, politique monétaire, orientations économiques. Ce qu'il convient de retenir entre autres, figure aux articles suivants : Les art. III-130.2 et III-133 affirment la libre circulation des personnes et des services, des marchandises, des capitaux et des travailleurs : Les entreprises pourront exploiter une main d'oeuvre rendue « docile ». Le chantage à l'emploi va être renforcé. Seuls les profits financiers
compteront. Idem art. III-157.3 (pas de taxation des transactions possible).
[...] Nos salaires et acquis sociaux sont en danger.
Les Services publics : Leur dépérissement est inscrit dans le Traité Constitutionnel : les services publics sont soumis aux règles de la concurrence (art III-166). C'est la Commission qui est juge des dérogations possibles. Art. II-96 : le terme de « service public » (service payé par la collectivité par le biais de l'impôt) est remplacé par « service d'intérêt économique général » (service payé par l'usager). L'art. III-167 exclut toute possibilité de financement public des missions d'intérêt général (sauf les transports).
Les discriminations : Les discriminations fondées sur le sexe, l'age, le handicap, la race, etc. sont bien interdites, l'art. III-124 est censé en régler l'application : « le Conseil peut établir les mesures nécessaires pour les combattre » mais il faudra l'unanimité pour les adopter, autant dire qu'elles ne sont pas prêtes d'être appliquées ! (un exemple parmi d'autres)
La fiscalité : Aucune harmonisation fiscale n'est prévue (art. III-170 et suivants) : le capital a toujours de beaux jours devant lui, la spéculation financière avec lui.
La démocratie : Pouvoirs énormes de la Commission au détriment du Parlement (élu au suffrage universel) - art. I-26 - Le parlement n'a qu'un pouvoir limité, il vote les lois mais dans certains domaines et avec le Conseil. La Commission se voit attribuer des pouvoirs législatifs (initiative des lois), exécutifs (coordination, gestion, représentation) et judiciaires. Le principe de séparation des pouvoirs est ignoré. Pas de référence non plus à la laïcité ou à la séparation des Églises et des États. Et le citoyen européen quels pouvoirs a-t-il ? Certes celui d'élire ses représentants. Sous certaines conditions (art. I-47.4), si un million de citoyens le demandent, une proposition de loi peut-être examinée : difficile, de plus la commission a un pouvoir de blocage et la loi ou la modification devra être ratifiée par tous les États membres. La 4ème partie fige l'ensemble puisqu'il faudra l'unanimité des États (actuellement 25) pour modifier le moindre article (art. IV-443) autant dire jamais !
REFERENDUM du 29 mai 2005 :
VOTE OUI ou ABSTENTION
A défaut d'un million de signatures, de l'approbation de la Commission, de l'unanimité des Etats membres
- On grave dans le marbre ce qui devrait relever du débat public, du choix et des intérêts des citoyens.
- On se ferme toute possibilité de construire une Europe qui garantisse des droits sociaux élevés pour ses habitants.
- On empêche toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des États membres.
-> On privilégie le capital, les délocalisations, la précarité. « La concurrence sera libre et non faussée ». Mais à quels prix et sacrifices pour ses habitants ? L'être humain, nos vies, deviennent une marchandise !
VOTE NON
Rien ne sera figé. C'est le traité actuel qui reste en vigueur (jusque 2009). Nous aurons 5 ans pour refaire une constitution comportant de réelles avancées.
- On se donne des moyens pour que l'Europe, celles des peuples, garantisse les mêmes droits pour tous.
- On évite cette Europe mercantile où seuls les intérêts économiques comptent. Intérêts synonymes de surproduction, de mal bouffe, de pollution, de désertification.
- On balaie la directive Bolkestein sur les services.
-> Alors, pas d'hésitation, si nous voulons avoir des chances de construire ensemble une Europe démocratique, sociale et solidaire, votons Non !
AC ! (agir ensemble contre le chômage) Reims, ATTAC-Reims, Collectif face au G8, Reims Emploi Solidarité, Confédération paysanne Champagne-Ardenne.
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dimanche, 20 mars 2005
Mais comment peut-on prétendre que la directive Bolkestein n’est pas fondée dans le projet de constitution ?
G. Filoche et J.J. Chavigné.
16 mars 2005
Bolkestein est fondé juridiquement dans le projet de constitution...
Ce sont les mêmes hommes, la même commission, qui, à la même date, en mars 2004, ont donné le coup d’envoi à la constitution et à la directive Bolskestein. Chirac, Barnier, Lamy, entre autres étaient d’accord.
Le même arbre ne donne pas des cerises au printemps et des pommes en automne...
Ils feignent aujourd’hui de dissocier Bolkestein et la constitution, mais ils mentent et c’est seulement par peur du “non”.
La peur du “non” est d’ailleurs vraiment une bonne chose, car, alliée au mouvement social, elle fait augmenter les salaires, Raffarin lâche du lest. La peur du “non” chez Chirac est une alliée des manifestants du 10 mars...
Le “non” est l’allié des salariés.
Une fois qu’ils vous auront “eu” pour le “oui”, ils feront passer Bolkestein et bien d’autres choses encore. Chirac passera plus à l’aise ses deux dernières années, évoquant une autre candidature...
C’est ce qu’annoncent explicitement Barroso et Seilliére (futur président de l’Unice, organisation patronale européeenne).
D’ailleurs Schroder est d’accord avec Bolkestein, son gouvernement l’approuve.
Et Blair aussi a donné son accord, et ce sera lui, dés le premier juillet prochain - après le referendum - qui aura la présidence de l’Europe.
Votez donc “non” à la constitution bolkestein ! (et à celle de l’opt out... : car il y a deux directives Dracula... On les appelle ainsi parce que comme la constitution, elles craignent la lumiére...)
Les articles 1-3 et 1-4 du projet de Constitution : première base juridique du projet de directive
La directive Bolkestein trouve une sérieuse base juridique dans deux articles du projet de Constitution.
L’article 1-3 alinéa 2 affirme, tout d’abord que l’Union se fixe pour objectif “ un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ”.
L’article 1-4 considère comme “ libertés fondamentales ” : “ La libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux, ainsi que la liberté d’établissement...garanties par l’Union... ”
C’est, en effet, au nom de cet objectif, de la libre circulation des services et de la liberté d’établissement que la directive Bolkestein va tenter de lever tous les obstacles qui entravent ces “ libertés ” : les services publics, les monopoles de Sécurité sociale, les droits du travail nationaux, la protection des usagers et des consommateurs.
Le Titre III de la IIème partie du projet de Constitution : deuxième base juridique du projet de directive
L’article III-137 stipule : “ les restrictions à la liberté d’établissement des ressortissants d’un Etat-membre sur le territoire d’un autre Etat membre sont interdites. ”
Le projet de directive Bolkestein tire toutes les conséquences de cet article. Pour faciliter la circulation des services, il veut interdire tout obstacle administratif à l’établissement des prestataires de services. Un prestataire de services serait soumis uniquement à la loi de son pays d’origine et ne devrait donc plus se conformer à des règlements et des exigences administratives nationaux divergentes.
On ne pourrait, ainsi, exiger d’une société prestataire de services qu’elle ait un siège social dans le pays où elle exerce, ni même une adresse ou un représentant, ni de se soumettre aux règles applicables au même service dans le pays (être inscrit dans un ordre, posséder un accès à la profession...)
L’article III-144 précise “ les restrictions à la libre prestation des services à l’intérieur de l’Union sont interdites à l’égard des ressortissants des Etats-membres établis dans un Etat membre autre que celui du destinataire de la prestation ”.
Impossible donc, comme le prévoit la directive Bolkestein, d’imposer aux officines pharmaceutiques venant d’un autre pays de l’Union des normes d’implantation en fonction de la population ou d’une distance géographique minimum entre prestataires, comme c’est aujourd’hui la règle en France. Impossible, aussi, d’imposer (en dehors de normes incontrôlables en matière de salaires minimum et de durée du travail) à des entreprises de construction polonaises ou baltes, le respect des conventions collectives ou tout simplement du droit du travail du pays destinataires.
Impossible, également, d’imposer à une entreprise de construction slovaque ou lettone le respect des règles de sécurité pour les échafaudages ou les chantiers de désamiantage...
Pour couronner le tout, le prestataire de soins s’installant dans un pays tiers ne sera plus obligé de respecter le système de Sécurité sociale du pays hôte. Pour la directive Bolkestein, en effet, le respect des systèmes nationaux de Sécurité sociale serait contradictoire avec la libre circulation des services dans l’Union...Cette directive complèterait parfaitement la réforme Douste-Blazy pour remettre en cause toute politique de santé publique en France.
L’article III-145 donne une définition très large des “ services ” : “ Aux fins de la Constitution, sont considérés comme services, les prestations fournies normalement contre rémunération ”. Combinée à l’absence de définition des services publics et aux restrictions apportées aux SIEG au nom de la concurrence “ libre et non faussée ” dans le projet de Constitution, cette définition extrêmement large des services offre un solide point d’appui à l’entreprise de démolition des services publics orchestrée par la directive Bolkestein.
Car, en pratique, à part la police, la justice (pas les frais d’avocats...) ou l’armée, aucun service public n’est gratuit : on paie l’inscription en fac, une partie de l’enseignement est privé et l’enseignement est donc payant, une partie des frais hospitaliers sont à la charge du patient... Tous ses services publics peuvent donc être, selon le projet de Constitution et la directive Bolkestein, considéré comme des “ services ” et mis en concurrence avec des “ services ” fournis par des sociétés privées d’un autre Etat de l’Union...
Bolkestein : Un projet de directive conforme à la volonté du projet de Constitution d’interdire l’harmonisation des dispositions législatives des Etats-membres
Gérard Filoche, Jean-Jacques Chavigné, pour Démocratie & Socialisme, 16 mars 2005.
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samedi, 12 mars 2005
Exposé fait par Jacques Nikonoff, président d’Attac-France,
08/03 - Exposé de Jacques Nikonoff à Concarneau
Les principales raisons de dire non au traité de constitution
Bonsoir à toutes et à tous,
Je voudrais faire un petit test et demander à ceux qui ont lu le traité constitutionnel européen - en entier - de lever la main. Cela fait cinq personnes, sur 250 à 300 réunies ce soir. Ce n’est pas assez ! Alors je pose une deuxième question : qui a commencé à lire le traité ? Une vingtaine.
Je voudrais supplier ceux qui ne l’ont pas encore fait, de lire la Constitution européenne. Pour une raison évidente : c’est à cette Constitution qu’il faudra dire « oui » ou « non », alors autant la lire. Mais aussi parce que vous y puiserez une énergie qui ne vous quittera plus jusqu’à la fin de la campagne. Cette lecture ne donne pas seulement de bons arguments pour voter « non », elle donne aussi la rage. Elle donne envie de s’engager, de convaincre autour de soi !
Mon exposé sera organisé en deux parties :
les raisons qui ont conduit Attac à refuser ce traité constitutionnel européen ;
la situation créée en cas de victoire du « non ».
Nous avons deux raisons fondamentales de rejeter la Constitution européenne :
le mode de la construction européenne, particulièrement depuis l’Acte unique de 1986 ;
le texte lui-même de la Constitution.
La première raison qui a conduit Attac à appeler à voter « non » lors du référendum du 29 mai tient à la façon dont l’Union européenne se construit, particulièrement depuis l’Acte unique de 1986, et qui a mené le Vieux continent à la crise. On peut même parler d’une double crise :
une crise économique, sociale et environnementale ;
une crise politique et démocratique.
L’Europe, depuis des années, vit dans une crise économique, sociale et environnementale permanente. Le chômage reste bloqué à un niveau très élevé (9 %). L’enrichissement démesuré de certains a pour contrepartie l’appauvrissement d’une partie importante de la population. C’est l’affaiblissement systématique, quand ce n’est pas le démantèlement pur et simple, des législations sociales et des services publics. Cette situation est le résultat direct des choix politiques faits par les gouvernements des pays de l’Union européenne et par la Commission européenne, donnant la priorité absolue à la concurrence sur toute autre considération, notamment la coopération, la solidarité et la justice sociale. La politique sociale de l’Union n’existe pas, du moins dans le sens ascendant. Quant à la politique de l’environnement, elle n’est qu’un bla-bla diffusé en boucle qui consiste à parler beaucoup et à agir peu, surtout à ne rien faire qui pourrait contrarier les logiques de la concurrence et de la compétitivité. En ce qui concerne la politique agricole, c’est le productivisme qui a toujours été l’objectif. On peut en mesurer les résultats : disparition de nombreuses exploitations agricoles de petite et moyenne taille et inquiétudes sur la qualité de l’alimentation. La politique économique est organisée autour de l’obsession de la lutte contre l’inflation, qui a conduit à mettre en place ce qui est appelé le « taux de chômage naturel » qui interdit, tant qu’il dominera l’esprit des eurocrates, toute baisse significative du chômage.
A cette crise économique, sociale et environnementale s’ajoute une crise politique. Elle s’observe avec évidence par un taux d’abstention de plus en plus élevé aux élections européennes, chaque scrutin battant un nouveau record (57 % d’abstention en 2004). Le « déficit démocratique », que les eurocrates reconnaissent eux-mêmes, est la conséquence logique et volontaire de la manière dont s’est construite l’Europe : opacité, obscurité, contournement des Etats et des citoyens, recul social.
En réalité, ce qui se fait depuis l’Acte unique de1986, ce n’est pas la construction de l’Europe, c’est la construction du néolibéralisme !
La deuxième raison qui a conduit Attac-France à mener campagne pour la victoire du « non » lors du référendum du 29 mai tient évidemment au texte lui-même de la Constitution européenne. Si elle est ratifiée, le vieux rêve des néolibéraux les plus extrêmes - on pourrait même parler de délire néolibéral - aura été réalisé en grande partie en Europe. Ils seront ainsi parvenus à soustraire la décision économique au pouvoir du législateur, à placer l’économie hors de portée de la responsabilité politique, à soumettre toutes les politiques à l’exigence de la « concurrence libre et non faussée ».
Le 29 mai prochain, nous allons donc voter sur un texte incroyablement long :
une partie principale de 341 pages comportant 448 articles ;
36 protocoles et 2 annexes ;
48 déclarations qui font 97 pages.
C’est un texte trop long, trop détaillé, trop complexe, qui écarte la majorité des citoyens d’une compréhension immédiate.
...
Je rappelle que le projet de traité constitutionnel européen a été adopté à Bruxelles le 18 juin 2004 par les Chefs d’Etat et de gouvernement, puis signé à Rome le 29 octobre 2004.
...
On peut faire deux critiques essentielles du traité constitutionnel européen :
il organise un recul systématique de la démocratie ;
c’est la disparition programmée de toute ambition sociale.
Comment peut-on affirmer que ce texte propose un recul systématique de la démocratie ?
Il n’existe pas de véritable initiative citoyenne
...
L’égalité des Etats est à géométrie variable
...
La politique militaire de l’Union est soumise à l’OTAN et donc aux Etats-Unis
...
La laïcité est ignorée ou contournée
...
Les « coopérations renforcées » sont limitées
...
Les droits fondamentaux » incomplets et non contraignants
...
La notion de « bien commun » n’existe pas
...
Le plein emploi n’est pas un objectif de l’Union
...
Les services publics ne sont pas reconnus et seront soumis à la concurrence
....
Des expressions sympathiques qui n’ont aucun contenu
Le traité fait, dans sa première partie, des appels louables à une « économie sociale de marché », au « développement durable » (I-3-3), au « commerce équitable » (I-3-4). Mais ces termes ne reviennent plus jamais dans les 445 articles suivants, et ils ne sont jamais définis. Rien n’est dit sur les moyens prévus pour réaliser ces ambitions sympathiques.
Une politique monétaire hors du contrôle des citoyens et même des Etats
...
La libre circulation des capitaux serait entravée par la mise en œuvre de taxes européennes
...
La politique de recherche ne vise qu’à favoriser la « compétitivité »
...
Aucune politique d’harmonisation fiscale ne sera possible
....
Aucune politique de l’environnement n’est possible
Les lois sur l’environnement exigent l’unanimité du Conseil (III-234-2), ce qui les rend, de fait, impossibles.
Aucun grand projet européen d’intérêt général ne sera possible
...
Aucune politique sociale n’est possible
La politique sociale est subordonnée à « la nécessité de maintenir la compétitivité de l’économie de l’Union » (III-209) et doit éviter « d’imposer des contraintes administratives, financières et juridiques » aux PME (III-210-2-b).
Le projet de directive européenne Bolkestein sur les services s’encastre parfaitement dans le traité
Ce projet de directive illustre parfaitement la logique du traité constitutionnel européen. Il vise à libéraliser les services dans l’Union, en leur appliquant le principe dit du « pays d’origine » quant aux droits sociaux. Ainsi une agence de placement ou un cabinet de conseil pourraient établir leur siège social dans un pays à faible protection sociale et fournir leurs services en France par exemple, sans avoir à respecter le droit à la Sécurité sociale. On a vu en effet dans le traité que l’article I-4-1 et le préambule de la Charte des droits fondamentaux réduisaient les libertés fondamentales à « la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux ». Dans cet article et ceux qui suivent, rien n’est dit sur la discrimination liée à la protection sociale des travailleurs. Rien ne s’oppose donc à la directive Bolkestein dans le traité, qui affirme que l’Union s’en remet au marché pour « favoriser l’harmonisation des systèmes sociaux » (III-209), que toute harmonisation sociale entre Etats membres est explicitement exclue (III-210-2-a) et que les Etats membres s’efforcent de libéraliser les services « au-delà de la mesure qui est obligatoire » (III-148).
Au total, le traité constitutionnel européen n’a même pas conservé la partie du préambule du traité de Rome qui fixait « pour but essentiel » à la construction européenne, « l’amélioration constante des conditions de vie et d’emploi des peuples ».
Pour réaliser l’Europe sociale, il aurait fallu remettre en cause les critères de convergence issus du traité de Maastricht, changer les statuts de la Banque centrale européenne pour lui affecter un objectif de plein emploi, fixer des objectifs de convergence vers le haut - et non vers le bas - des conditions de vie et de travail dans tous les Etats membres, encourager la négociation de conventions collectives et favoriser les comités de groupe dans les grandes entreprises, étendre la majorité qualifiée et non l’unanimité pour que des lois européennes de progrès social puissent être adoptées.
Dans la réalité, avec le texte actuel, tout ce qui sert le marché et les profits sera renforcé, tout ce qui sera considéré comme « une entrave au marché » et à la « concurrence libre et non faussée » sera rejeté grâce à la possibilité de faire jouer le veto d’un seul Etat membre. Un mécanisme économique, la concurrence, est érigé en principe d’organisation de la société.
Je voudrais maintenant parler de la situation qui pourrait être créée en cas de victoire du « non »
Une campagne de peur et de dramatisation des enjeux du référendum est actuellement orchestrée par certains des partisans du « oui ». En revanche, la victoire du « non » est présentée comme la certitude de la crise et même du chaos, ce serait la fin de l’Europe.
Quelle serait la situation la plus probable si le « non » l’emportait ?
Sur le plan juridique, il ne se passerait rien. C’est le traité de Nice, en vigueur depuis le 1er mai 2004, qui resterait le système légal régissant l’Union européenne. Sur le plan social, le rapport de force deviendrait favorable à ceux qui contestent le néolibéralisme, il stimulerait les luttes sociales et syndicales, il accentuerait la pression sur le gouvernement Raffarin.
Sur le plan politique, il favoriserait une véritable alternative en 2007.
Sur le plan européen, il encouragerait les forces sociales des autres pays européens. Ce rapport de force ouvrirait la voie à la négociation d’un nouveau traité européen, afin de refonder l’Union européenne sur des bases différentes.
Le référendum qui s’annonce a donc une portée historique. Il offre la possibilité de dire « non » aux politiques néolibérales qui maltraitent la société depuis plus de 20 ans. Car la véritable question posée lors de ce référendum sera « oui » ou « non » au néolibéralisme. La victoire du « non » est une immense chance, à ne pas laisser échapper, pour reconstruire l’Europe sur de nouvelles bases.
Cette bataille vaut la peine d’être menée à fond. Il n’y a pas une minute à perdre !
Je vous remercie.
Voir le texte complet
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jeudi, 10 mars 2005
Cauchemar écologique mondial si la Chine adoptait le rêve américain
WASHINGTON (AFP), le 10-03-2005
La terre connaîtra un véritable cauchemar écologique d'ici 2031 si l'ensemble des Chinois venaient à adopter l'actuel mode de vie américain de forte consommation, a averti mercredi l'institut de recherche américain Earth Policy Institute.
Le rêve américain, version chinoise, conduira immanquablement à une catastrophe planétaire environnementale et économique selon les extrapolations de cet institut, en matière de consommation alimentaire, énergétique et de matières premières.
Si l'économie chinoise connaissait une croissance de 8% par an, doublant tous les neuf ans, le revenu par habitant en 2031 atteindra les 38.000 dollars, soit le revenu par habitant actuel des Etats-Unis, mais pour une population estimée alors à 1,45 milliard, affirme cette étude.
Actuellement le revenu annuel moyen d'un Chinois par habitant atteint à peine les 5.300 dollars.
Les projections les plus alarmantes concernent la consommation d'énergie et ses conséquences.
"En dehors de l'air irrespirable en raison des fumées provenant de la consommation de charbon, les émissions de CO2 de la Chine dans 26 ans équivaudraient à celles émises par les sources de pollution sur toute la terre aujourd'hui" selon cette étude.
En effet, si les Chinois utilisent proportionnellement autant de pétrole en 2031 que les Américains aujourd'hui, la Chine devra disposer de 99 millions de barils de brut par jour. La production mondiale quotidienne actuelle avoisine les 79 millions de barils.
Pour le charbon, si dans 26 ans chaque Chinois brûle autant de charbon qu'un Américain (soit 2 tonnes par an en moyenne), le pays en utilisera 2,8 millions de tonnes chaque année, soit plus que la production mondiale annuelle actuelle de 2,5 millions de tonnes.
"Le changement climatique ne serait plus gérable, mettant en danger la sécurité alimentaire et inondant toutes les agglomérations côtières", avertit l'institut.
A raison de trois voitures pour quatre habitants en ce moment aux Etats-Unis, ce rêve de la possession d'un véhicule privé conduirait le parc automobile chinois à plus d'1,1 milliard d'unités en 2031.
"Les routes, autoroutes et parkings pour absorber toutes ces voitures représenteront l'équivalent de la surface consacrée aujourd'hui à la culture du riz en Chine", affirme l'institut.
Et si tous les Chinois se mettent à consommer "de manière aussi vorace" en 2031 que les Américains aujourd'hui, la seule consommation de céréales par personne passera de 291 kg à 935 kg par an.
Cela représentera pour l'ensemble de la Chine l'équivalent des deux tiers de la totalité de la récolte mondiale de 2004, qui avait atteint un peu plus de 2 milliards de tonnes, selon l'étude.
Pour satisfaire une telle demande, il faudrait produire environ un milliard de tonnes de céréales supplémentaires d'ici 2031, ce qui pourrait entraîner la disparition de grandes parties de la forêt tropicale amazonienne transformées en champs de blé avec d'énormes conséquences écologiques.
Dans 26 ans, si les Chinois consomment autant de viande que les Américains aujourd'hui --125 kg par personne en 2004-- la production en Chine devrait passer à 181 millions de tonnes contre 64 millions de tonnes aujourd'hui. Cela représenterait les quatre cinquièmes de la production mondiale actuelle de viande.
Le but de l'exerice n'est "pas de jeter la pierre à la Chine pour une consommation effrénée" mais plutôt de mettre en garde devant les tentations de vouloir vivre selon le modèle occidental de la "société de consommation", alors que les ressources planétaires sont limitées, conclut l'étude.
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14:05 Publié dans Prospective, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blog



